Visite improvisée chez Bernard de Carbalanche

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Visite improvisée chez Bernard de Carbalanche

Message par Jonas de Pont-Callec le Dim 25 Juin - 23:22

Jonas détacha sa ceinture alors même que sa voiture franchissait les grilles du petit château de Carbalanche. Il remarqua pour la première fois les trois corbeaux qui ornaient cette dernière. Il eut un sourire amusé. Carbalanche était incorrigible. L'homme était terriblement attaché à ses titres et ses armes. Les murs de sa demeure étaient couverts de tableaux de ses aïeux, et Jonas évitait de le lancer sur ses sujets sans quoi il ne s’arrêtait pas. Cela dit, cet orgueil familial était assez compréhensible, cette famille avait donné beaucoup à l'île, et chaque écolier connaissait le nom d'Olivier de Carbalnche, premier chef d’État de Véran indépendant.

Le chef d'état actuel descendit de son véhicule et se dirigea vers le perron. Il était seul. Jamais une telle scène ne se produirait dans un autre pays, mais la petitesse de Véran avait créé des coutumes uniques et singulières.

Jonas posa pied à terre et sonna. On entendit une sonnerie et un pas pressé derrière la porte. Le jeune homme avait pris l'habitude de venir sans s'annoncer. Madame la châtelaine aimait recevoir, et ne demandait que ça. Monsieur avait eu plus de mal mais c'est Madame qui décidait de ces usages.

Elle ouvrit, le reconnut, et roucoula:


- Monsieur le Chef de l’État! Monsieur le marquis ! C'est un véritable plaisir de vous recevoir ! Je vous en prie, faites, entrez, entrez ! C'est pour le Conseil je suppose ? Bernard va venir.
- Madame, fit le jeune homme en lui faisant ses politesses. Et c'est pour le plaisir de vous voir. Pas le conseil non, mais le devoir oui, je crains que le service de Véran ne vienne vous enlever votre mari.

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Message par Bernard de Carbalanche le Lun 26 Juin - 0:48

La comtesse installa le marquis dans le salon et sonna la cloche qui indiquait au comte de descendre du bureau où il travaillait. Il avait aperçut une voiture franchir la grille. Cela aurait pu être un de ses locataires résidents dans les maisons qui naguère était habitées par le gardien, le garde-chasse et le chef-jardinier, mais il reconnut la fameuse voiture rouge du marquis du Pont-Callec, qui si elle n'était pas frappé de ses armes, était reconnaissable entre mille, par ses courbes... audacieuses, et la poussière qui maculait sa carrosserie. Le comte referma son stylo et rejoignit le salon. Descendant l'escalier d'honneur, croisant le regard de Théodore, un vieil ancêtre il regrettait le temps de son enfance, où son grand-père, le comte Alfred, pouvait employer une vingtaine de personnes sur le domaine pour l'entretenir et le faire vivre. Le château avait alors son majordome, son personnel de maison, son cuisinier. Aujourd'hui madame la comtesse était au four et à la porterie, et il n'y avait pour seul personnel qu'un jardinier et une femme de ménage, tous deux employés à mi-temps pour tenir la maison et entretenir ses espaces verts. Quelle triste époque. Franchissant le seuil du salon, il n'eut plus de considération que pour son hôte, étrangement observé par des ancêtres suspendus sur les murs lambrissés. Certains étaient les siens d'ailleurs ; plusieurs marquises de Pont-Callec étaient nées Carbalanche ; plusieurs comtesses de Carbalanche était née Pont-Callec. Au dessus de la cheminée, l'air sévère du chevalier de Carbalanche commanditaire du château au XVIIe siècle en lieu et place de l'ancien manoir médiéval, observait la scène :


- Cher Jonas, comment allez-vous ? Que mon vaut l'honneur d'une visite d'état ? (dit-il amusé)
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Message par Jonas de Pont-Callec le Lun 26 Juin - 14:41

Jonas tiqua. Quant bien même, il était une bonne connaissance de la famille, il aimait qu'on l'appelle Monsieur le Chef de L’État lorsqu'il était au travail.

- Cher Bernard, merci de me recevoir à l'improviste. Le service, toujours le service !

Jonas s'installa dans le salon. Sur le mur devant lui trônait un portrait d'Olivier de Carbalanche. Il y en avait une copie au Manoir Marcq.

- Vous n'êtes pas sans savoir que je mène une politique d'ouverture à l'égard du micromonde, et ce pour diverses raisons sur lesquelles nous somme d'accord. Nous avons un ambassadeur au Zaint-Ziège, une mission diplomatique à Prya, et le décret de nomination d'un ambassadeur à l'ONA est sur mon bureau. Toutefois, je n'entends pas m'arrêter là. Je pars demain pour la Francovie, j'entends rétablir des relations diplomatiques avec notre nation-mère. J'en viens en fait. A l'issue d'un TRM, je veux vous passer la main et j'entends vous nommer ambassadeur à Francovie. Un nom tel que le vôtre flattera Micropolia et votre expérience nous servira. Il vous faudra signer de nombreuses conventions avec la Francovie. Il nous faut obtenir des facilités universitaires pour nos jeunes concitoyens et des accords pour former là-bas les cadres de notre nation. Bernard, qu'en dites-vous ? Pouvez-vous rendre ce service à Véran ?
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Message par Bernard de Carbalanche le Mar 27 Juin - 23:59

Le comte de Carbalanche appelait le chef de l'état par son prénom. De vingt ans son aîné, il l'avait hissé sur ses épaules ou sur ses genoux bien des fois. Il l'avait toujours appelé Jonas et à cinquante-six ans, il ne lui prêterait guère du "Monsieur le chef d'état". Le seul insigne qu'il concédait à sa qualité de chef d'état et plus encore de marquis, c'est à dire d'égal, était de l'autorisé à l'appeler par son seul prénom ; là où seul ses familiers s'y serait risqués, le commun préférant le Monsieur le Comte et, la noblesse un simple Monsieur.

Il faut dire que Bernard de Carbalanche, en notable de l'île issu d'une des trois familles seigneuriales originelles et subsistantes, celles qui descendaient en ligne direct des trois chevaliers ayant accompagnés Pierre de Chabot dans son entreprise de colonisation, considérait la charge de la direction de l'île comme collective parmi ce qu'on appelait "les trois familles". Il considérait le chef d'état moins comme un supérieur qu'un primus inter pares.

Le comte écoutait attentivement alors que la comtesse s'afférait déjà à apporter whisky et autres breuvages à servir en appéritif :


- Jonas vous le savez déjà, j'ai eu l'occasion de vous le dire et de m'en ouvrir devant le conseil, j'approuve votre politique d'ouverture ; d'autant plus qu'elle est mesurée et réfléchie. La Francovie est un beau poste, je vous remercie d'avoir songé à moi pour ce poste... Je peux dire que je suis en mesure de l'accepter.

La comtesse objecta, elle vouvoyait son mari, en public seulement :

- Bernard, ne voulez-vous pas que nous en discutions. Vous avez les métayages à gérer, les gîtes alors même que la saison débute, l'administration de la société des pêches, et je ne compte pas le corps des sapeur-pompier ! Ce n'est pas moi qui vais pouvoir vous remplacer ; être médecin généraliste d'une île de 10 000 habitants n'est pas une sinécure ! Ce n'est pas votre mère qui de ses soixante-dix-neuf pourra nous aider, quant à Amélie son travail de journaliste accapare déjà une grande partie de son temps... agacé et puis si vous y allez, vous irez seul, je ne peux pas abandonné mes malades !

Jonas fut pris entre les deux feux du couple de Carbalanche

- Que voulez-vous Sylvie, le service de l'Etat

Le comte était heureux de quitter sa retraite, voilà qui était une occasion d'échapper à la routine de son quotidien de gentleman-farmer. Il reprit afin de rasséréner son épouse :

- La gestion des métayages et de nos locations ne prends guère plus d'une journée par semaine et Amélie continuera de vous aider à tenir les gîtes. Pour ce qui est du corps des sapeurs-pompiers mon adjoint, le capitaine Leroy, me remplacera durant mes absences. La société des pêches se gère très bien sans moi, Antoine Beaumont est un redoutable homme d'affaire. Quant au conseil de l'île et bien j'y consacrerai moins de temps, tout simplement. Je serai à Micropolia la semaine et ici suivant les séances, dès le mercredi ou le jeudi soir. Il coupa court. Ma décision est prise !

Se tournant vers Jonas

- Jonas j'accepte !

Remarquant la moue vexée de son épouse :

- Allons, Sylvie, le docteur Autancourt pourra très bien vous remplacer à l'occasion et vous me rejoindrez quelque fois... Ne me dites pas que vous ne serez pas heureuse de retrouver Anne et Olivier, nos chers enfants.

- Certes (la même moue mais se déridant)

- Allons Jonas je vous invite à dîner ! Et ne dites pas non, j'ai quelques Krasswurtz vous m'en direz tant. Sylvie ne bougez pas, je fais la cuisine !

Le repas se poursuivit autour d'un repas campagnard autour d'un très simple mais non moins délicieux petit salé aux lentilles dégusté avec un bon Bordeleau. On évoqua la situation la situation en Francovie, les projets du comte. Comme ambassadeur, il aurait à cœur de développer des partenariats avec l'état francovar : un partenariat universitaire certes, mais également médical, afin d'élargir l'offre de soin véranaise. Il préparerait avant son départ un mémorandum sur la question.
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Re: Visite improvisée chez Bernard de Carbalanche

Message par Jonas de Pont-Callec le Mer 28 Juin - 15:23

Jonas de Pont-Callec savait pertinemment que le comte se percevait à son égard comme un égal plus âgé, ce qui lui autorisait une certaine forme de paternalisme... Assurément, il n'était pas loin de la vérité. Tous deux faisaient partie des "trois familles" qui veillaient à la marche de l'île depuis un siècle. Toutefois, si Carbalanche semblait accorder peu d'importance à la chefferie de l'Etat, Jonas y tenait grandement. Ce poste était nécessaire, le gouvernement de l'île par le seul conseil tournerait vite au désordre, et si ce régime anarcho-conservateur plaisait à certains, il n'en allait pas de même pour Jonas. En chef de l’État, il avait le devoir de trancher, de faire acte d'autorité, de commander au conseil, en un mot d'être la tête de l'île, comme le soulignait la sémantique de son poste.

- Vous m'en voyez ravi cher ami, je n'en attendais pas moins de vous. Faites ce qui vous semblera le mieux, je vous fais confiance.

Jonas se tut devant les protestations de l'épouse Carbalanche. Bernard arriverait à ses fins, il n'en doutait pas. Le goût du service public le chevillait au corps.

On passa à table. Le repas était succulent et Jonas lui fit honneur. On aborda différents sujets, on parla de la récente nomination de la fille Amélie à la tête de L'Indépendant, du mémorandum écolo d'une enseignante exilée en Francovie et revenu sur l'île -on l'entendrait jeudi, le jour de réunion du Conseil- la question des étrangers ou assimilés comme tels qui achetaient terrains et immeubles sur l'île au détriment des insulaires fut longuement évoquée. Il faudrait trouver une parade juridique pour protéger les nationaux. Le café venant, on aborda des sujets plus légers. On causa du dernier match de football de la sélection nationale. Bernard faisait mine de s'y intéresser par courtoisie pour son hôte, qui quoique très mordu, faisait mine de s'intéresser de loi à ce sport si populaire.
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